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Contre le pourriel, le timbre ?

mardi 9 mars 2004

Partant du principe que les expéditeurs de courrier électronique publicitaire y réfléchiraient à deux fois s’ils devaient payer leurs envois massifs, les fameux "spams", certains suggèrent la mise en place d’un tarif d’affranchissement, un timbre virtuel, au risque de nuire à la démocratisation d’Internet.

L’idée n’est pas nouvelle : une équipe de Microsoft l’explore depuis 2001, mais le patron du numéro un mondial de l’informatique, Bill Gates, lui a donné un nouvel élan en janvier dernier au Forum économique mondial de Davos (Suisse) et a précisé sa pensée ces derniers jours.

Plutôt que de faire payer une somme modique en espérant que les expéditeurs de spams (ou "pourriels" selon la traduction québécoise) renonceront à l’investissement que représentent leurs millions de courriels non sollicités, Microsoft propose de conditionner l’envoi à la résolution d’une sorte de puzzle.

L’exercice prendrait une dizaine de secondes : c’est peu pour l’utilisateur lambda qui traite quelques courriels par jour mais c’est énorme pour le spammeur, qui devra renoncer... ou acheter des machines plus performantes. Cette solution est déjà utilisée depuis 1997 par le logiciel Hashcash, intégrée aux outils anti-pourriel comme Camram et Spam Assassin.

De son côté, Goodmail Systems étudie une piste payante avec Yahoo ! et autres opérateurs de courriel : les gros expéditeurs paieraient un centime le message pour franchir les filtres anti-spam. Et les organisations à but non lucratif communiquant par e-mail ? L’addition risque d’être salée pour elles aussi.

"Cela réduit votre capacité à parler et faire part de vos opinions à d’importants groupes de personnes. Cela change toute la physionomie du Net", critique David Farber, qui gère une liste de diffusion de plus 20.000 adresses.

Le directeur de Goodmail, Richard Gingras, qui n’avance pas encore de prix, répond que les petits utilisateurs pourraient disposer d’un certain nombre de courriels gratuits, ou de réductions pour les listes de diffusion à caractère non commercial. Mais qui décidera des seuils ? Qui encaissera l’argent ? Comment mettre en place ce système et le garantir des pirates ?

De plus, souligne Vint Cerf, l’un des fondateurs d’Internet, les "inondeurs" de spams exploiteront toute niche gratuite. "Ils vont probablement se contenter de changer le nom de leur boîte à lettre électronique. Je suis toujours impressionné par leur agilité", remarque-t-il.

John Patrick, ancien vice-président du secteur Internet chez IBM, souligne pour sa part que les propositions sont largement américano-centrées et que même une taxe modique serait difficile à supporter pour les pays en voie de développement. "Nous devons penser, non seulement au demi-milliard de personnes relativement aisées qui utilisent le courriel aujourd’hui mais aussi aux cinq ou six milliards de gens qui l’utiliseront bientôt", rappelle-t-il.

Ceux-là seraient encore plus pénalisés par une autre idée en circulation : laisser le destinataire fixer le prix du timbre. Ainsi par exemple, un étudiant pourrait accepter des courriels à un centime tandis que l’homme d’affaires rejetterait tout à moins d’un dollar.

Quelle que soit la solution, il sera difficile de persuader les internautes de payer, en argent ou en temps, pour quelque chose qu’ils utilisent gratuitement aujourd’hui. Parmi les alternatives étudiées figurent en bonne place les pistes technologiques - avec des filtres plus performants - et juridiques, afin de condamner les gros spammeurs. D’ailleurs, rappelle John Levine, militant anti-pourriel, "dans les années 1990, il y avait des systèmes à 10 centimes le message. Ils sont tous morts".

AP Source Yahooactualités

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