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En attendant la présidentielle de 2010…

La prochaine élection présidentielle au Burkina Faso, est prévue pour se tenir en 2010. C’est à cette date en effet, que Blaise Compaoré, l’actuel chef de l’Etat au pouvoir depuis le 15 octobre 1987, devrait remettre son mandat en jeu. D’où l’empressement de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), organisatrice en chef de ce scrutin, à prendre (déjà) les devants en sécurisant au maximum le fichier électoral à l’aide de moyens technologiques modernes. Objectif affiché : Réduire le risque de fraudes ainsi que le niveau des contestations post électorales. Un scénario hélas trop rituel sur le continent Africain, pour être banalisé.

En 2005, un candidat à la présidentielle avait déclenché l’ire du Président de la CENI, après avoir exhibé à la face des médias nationaux et internationaux, plusieurs cartes d’électeurs dont il était détenteur. L’intéressé, ancien ministre de surcroît, affirmait être parvenu à se faire établir lesdits documents dans différents bureaux de vote de la ville de Ouagadougou, le plus facilement du monde ! Une manière selon lui, de prouver in situ, la porosité du système électoral mis en place. Lequel était censé garantir à priori, l’équité et la transparence du scrutin auquel lui-même prenait part : A l’époque, 13 prétendants se disputaient le fauteuil de premier magistrat du Burkina.

Nayabtingungu Congo Kaboré, puisque c’est de lui qu’il s’agit, bien que menacé de poursuites judiciaires en raison de son acte, avait maintenu sa ligne de défense. Ce qui n’avait pas empêché le Président sortant de recueillir 80°/° des voix dès le premier round. Il n’empêche que l’exemple du patron du Mouvement Pour la Tolérance et le Progrès (MTP), véritable geste de défiance à l’égard des institutions républicaines, avait durablement marqué les esprits. Et ce, d’autant plus que Me Hermann Yaméogo, un autre opposant et Président de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Développement (UNDD) allait enfoncer le clou quelques jours plus tard, en parlant de « fraudes scientifiques » orchestrées selon lui, par le pouvoir en place avec l’aval de la « police des élections ».

Pour le bien nommé « Sidwaya », le quotidien d’Etat, l’équation était à une seule inconnue à partir du moment où « certains hommes politiques en ont fait une condition première pour leur future participation » à d’autres compétitions du genre. On comprend ainsi que la question de la fiabilité du fichier électoral constituait à elle seule, l’épine dorsale des discussions parfois houleuses entre pouvoir et opposition. Chaque camp accusant ouvertement son adversaire de mauvaise foi. Depuis, les choses sont allées très vite. A travers notamment, le choix d’un cabinet d’expertise, en la personne de « Elite Technology » pour l’audit du fichier électoral. Recruté à la suite d’un appel d’offre public, celui-ci rendait sa copie 2 semaines après, sous le regard vigilant du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), bailleur principal de l’opération.

Le constat dressé par l’expert fut globalement positif. Particulièrement, concernant le volet relatif à l’informatisation du fichier électoral. Ce qui ne l’a pas empêché de faire des propositions allant dans le sens d’un renforcement des mesures de sécurisation des données. Mesures qui dit-on, ont été prises en compte ! A tel point que Moussa Michel Tapsoba, l’actuel Président de la CENI, croit à présent, pouvoir mettre au défi les éventuels fraudeurs, relativement à la « prétendue » perméabilité du dispositif de surveillance des élections. Surtout, dans la perspective de l’échéance de 2010.

Le logiciel SYGAPE, « arme fatale » de la CENI

Sygape est une base de données développée sous Oracle9i, un système de gestion de Base de Données (SGBDR), admis ès qualité pour sa robustesse, sa stabilité et sa rapidité. Aux dires de « Elite Technology », c’est un système fiable, dont les atouts ne manquent pas en matière de création d’interface clientes. Du reste, son décryptage a fait ressortir au niveau de la « CENI » le nombre de 3.810745 électeurs potentiels à la date de 2006. Un nombre qui va sans aucun doute être revu à la hausse, en prévision de l’élection à venir. Il faut noter qu’au dernier pointage démographique effectué par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie(INSD), la population actuelle du Burkina Faso était officiellement de 13 millions d’habitants, dont plus des deux tiers constituée de jeunes. L’acquisition et l’utilisation d’un logiciel tel que Sygape dans un environnement global marqué par une éloge à la société de l’information, apparaissant in fine, comme un pied de nez à une gestion manuelle, archaïque et aléatoire de la population électorale.

Faisant suite aux recommandations publiques des auditeurs, 13 mesures au total, la « CENI » s’est immédiatement lancée dans un vaste chantier de verrouillage du fichier électoral. Comme pour donner les gages de sa bonne foi, voire de son impartialité. Au nombre des actions entreprises, on peut citer : Outre la nouvelle codification des collectivités locales, la réactivation des contrôles de doublons à la saisie. Sans oublier la suppression automatique des « mineurs vrais » de la base de données.

Ces mesures, selon leurs auteurs, rendront encore plus hermétiques les tentatives d’infiltrations opérées à partir d’un camp comme de l’autre : pouvoir et opposition s’entend. Sur ce point précis, l’on affirme du côté de « la rue des écoles » (le siège de la commission électorale) avoir suffisamment tiré leçon des expériences du passé pour être plus opérationnel. Ce qui signifie en d’autres termes, que la transparence sera au rendez-vous. Parole de commissaires électoraux.

Démocratie et activisme technologique

En allant sur le www.ceni.bf, le site Internet de la commission électorale nationale indépendante, l’on retrouve les mêmes gages d’ouverture. Comme pour dire à l’opposition que tout sera mis en œuvre pour que la pêche aux électeurs soit la plus équitable possible. Il convient d’ailleurs de se souvenir que par le passé, le Burkina Faso a connu deux élections présidentielles boycottées par la majeur partie des candidats de l’opposition. C’était en 1991 et 1998 : Pour n’avoir pas daigné donner suite aux revendications de ses adversaires, le pouvoir s’était retrouvé seul en course. Cette fois-ci, les choses se présentent autrement selon un politologue burkinabè. Car convaincu de sa force dit-il, le régime en place a tout intérêt à jouer la carte de la transparence.

Disposant de la machine administrative, il n’a aucune crainte à avoir, face à des adversaires divisés et sans appuis financiers conséquents. Il y a 3 ans pourtant, le gouvernement avait longtemps mis le pied sur le frein avant de débloquer les 3, 5 milliards de francs nécessaires à l’organisation matérielle de la présidentielle : Se payant même le luxe de bousculer au passage, le calendrier électoral dont il obtiendra en fin de compte, l’inversion quasi spectaculaire. Désormais, tout semble indiquer qu’il ne fera aucune difficulté à soumettre l’ensemble du processus à une surveillance électronique.

Certes, il ne faut pas se leurrer au point de crier victoire trop tôt : « La technologie à elle seule ne peut pas résoudre toutes nos difficultés, d’un coup de baguette magique » prévient Sylvestre Ouédraogo. Pour ce spécialiste des technologies de l’information et de la communication, il convient de rester lucide dans notre perception des possibilités qu’offrent les « tic », dans cette société de l’information. Néanmoins, force est de reconnaître que des institutions telles que la Ceni ont beaucoup à gagner en allant à la rencontre de la technologie et de ses bienfaits. Cela les aiderait sans aucun doute à limiter « la casse ». Une approche qui justifie peut-être cette réflexion de son Président :

« L’Afrique qui se développe côtoie ses propres précipices. Chaque pays africain par conséquent, avance entre pics et ravins. Le pays des hommes intègres semble être né sous le signe de l’orage, avec reconnaissons-le, des fourmis dans le berceau…Sortis de leurs propres turbulences, les burkinabè organisent des élections libres et transparentes ». Dixit Moussa Michel Tapsoba.

Créée à la fin de la décennie 90 puis reformée en 1998 suite aux fortes pressions exercées par la rue et par la société civile après l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, la Commission électorale nationale indépendante du Burkina, est une institution qui revient de loin. Elle a longtemps bataillé pour se frayer un chemin, prise entre le marteau de l’opposition et l’enclume du pouvoir. Près deux décennies après, l’heure semble être venue pour elle, de donner la pleine mesure de sa volonté et de ses ambitions dans le domaine de la gouvernance démocratique.

Auteur : Juvénal Somé

Article produit à l’occasion du Prix IPAO "Sociétés de l’Information 2008"

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