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FEMMES ET MÉTIERS TECHNIQUES DES TIC A OUAGOUDOUGOU

À l’heure où les technologies de l’information et de la communication prennent une place grandissante dans la vie quotidienne et professionnelle, des inégalités liées au genre viennent s’inscrire dans l’appropriation, la conception et la modélisation de ces technologies stratégiques.

Au niveau de l’accessibilité et de la connectivité, la fracture numérique ouverte constatée il y a quelques années, est entrain de se transformer en une fissure numérique en témoigne l’indice de parité de la connectivité et de l’accessibilité de TIC au Burkina Faso (0,95) ; (cf. rapport d’étude sur la Fracture Numérique de Genre au Burkina Faso, 2005). Le présent article fait une synthèse de la question du genre dans les métiers techniques liés aux technologies de l’information et de la communication dans la ville de Ouagadougou : (Maintenance informatique, Technicien réseau, Architecte de système d’information, Analyste développeur et webmaster).

Selon le rapport susmentionné, en Afrique de l’ouest, le Burkina Faso fait partie des pays "les mieux lotis" en équipement des TIC et sa capitale en est la plus nantie. A Ouagadougou, les femmes sont pratiquement aussi nombreuses que les hommes à utiliser des ordinateurs, internet et les téléphones portables. L’enquête exploratoire dans la ville de ouagadougou effectuée lors de l’élaboration du cadre théorique de mon mémoire de maîtrise en sociologie dont le thème est : "Analyse sociologique de la faible présence des femmes dans les métiers techniques des TIC" a révélé le constat suivant :

• Le Burkina compte plus de 600 cybers centre ; Ouagadougou la capitale en abrite plus du tiers. Les 90 cybers que nous avons enquêtés, emploient un maintenancier de sexe masculin. Ce qui donne 100% d’hommes et 0% de femmes.

• Dans 15 entreprises (œuvrant dans les TIC) et institutions administratives (utilisant les TIC), nous avons trouvé en tout 67 techniciens des TIC, dont 11 femmes (6,16 %) et 56 hommes. On retrouve les techniciennes dans les entreprises comptant plus de 5 techniciens.

• Dans 2 établissements de formation : les filles représentaient en moyenne 1/5 des inscrits dans les filières objets de notre étude.

• Enfin, sur 30 élèves de second cycle scientifique de l’enseignement secondaire (15 filles, 15 garçons) : Aucune fille de l’échantillon ne compte s’orienter dans une filière d’informatique ou de télécommunication. Six (6) garçons de l’échantillon comptent s’orienter dans ces filières, surtout en informatique (même s’ils ne savent pas trop de quoi il s’agit exactement).

La grande familiarité avec les machines ne change en rien la fréquentation des filières techniques des TIC par les filles, ni la présence de femmes dans les métiers techniques des TIC. L’omniprésence et l’utilisation massive des TIC n’en a rien fait, au contraire : à Ouagadougou, les femmes sont de grandes utilisatrices de TIC, paramétrés, installés, programmés, mise en réseau, en un mot, contrôlés par les hommes. Confirmant de ce fait le modèle décrit par Paola Tabet en 1998 en ces termes : « les hommes conçoivent des outils dont ils abandonnent aux femmes les usages les moins prestigieux, tout en en conservant la maîtrise ».

Cette faible présence apparaît alors comme un risque très important de désavantage, voire d’exclusion pour les femmes. Les difficultés qu’elles éprouvent à faire reconnaître leurs savoirs et leurs compétences dans les secteurs traditionnels risquent d’être exacerbées dans les secteurs encore plus concurrentiels des TIC.

Comment se fait-il, qu’à Ouagadougou la moitié des utilisateurs des services et des produits des TIC, que sont les femmes soit presque absente de leur conception, leur développement, leur mise en réseau et de leur maintenance ? Comment s’est construite cette image masculine des métiers techniques des TIC à Ouagadougou, ce bastion masculin si répulsif pour les femmes ? 

Plusieurs hypothèses sont habituellement avancées pour tenter d’expliquer les disparités de genre dans les professions des TIC. Elles sont spécifiques aux TIC et se distinguent en partie des hypothèses relatives à l’ensemble des professions scientifiques et techniques.

Ces hypothèses sont :
• Les déséquilibres dans l’éducation et la formation : s’il y a peu de femmes dans ces métiers, c’est parce qu’elles ne sont pas orientées vers les choix d’études qui y mènent, à cause de l’image peu attractive de l’informatique pour les femmes.

• Les conditions de travail qui défavorisent les femmes : les emplois de l’informatique ont la réputation d’exiger de longues heures de travail, des horaires imprévisibles, une disponibilité permanente, une flexibilité peu compatible avec des contraintes familiales.

• Les carrières professionnelles qui favorisent les hommes : la promotion professionnelle est basée sur des règles de jeu qui sont définies par des hommes et pour des hommes. Les interruptions de carrière et les réductions volontaires du temps de travail sont malvenues. Les femmes sont certes nombreuses dans les fonctions de chef de projet mais grimpent rarement plus haut dans la hiérarchie.

• Les facteurs culturels qui renforcent l’image masculine des TIC : les stéréotypes relatifs à la culture professionnelle de l’informatique sont un mélange de la culture de domination du programmeur et de la culture alternative du pionnier. Ces valeurs et ces modèles de comportement conviennent mieux aux hommes qu’aux femmes.

Aucune de ces hypothèses explicatives ne peut, à elle seule, expliquer les écarts qui existent entre les hommes et les femmes dans les études et les professions techniques liées TIC. De plus, le caractère universel de ces hypothèses contraste avec des situations très différenciées d’un pays à l’autre. Les disparités de genre dans le domaine de la technologie sont le résultat d’une intrication de facteurs sociaux, culturels, institutionnels et économiques, qui dépendent du contexte national. J’ai tenté de trouver des réponses qui n’ont certainement pas la prétention d’être la Réponse à la fracture numérique de genre. Je n’ai pas encore tiré les conclusions de mon étude sur ce phénomène dans la ville de Ouagadougou.

par ROUAMBA Mahamadi

http://sociologos.ning.com

Bibliographie :

- Tabet Paola (1998) La construction sociale et l’inégalité des sexes : des outils et des corps, Paris, L’harmattan. 206 pages

- Le réseau genre et TIC (regentic), 2005, « Fracture numérique de genre en Afrique francophone »,92 p, http://www.famafrique.org/regentic/indifract/accueil.html

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