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Internet au Sahel : Quand l’Internet désenclave les régions ensablées de Dori et de Gorom Gorom

Nous avons fait une sortie à Gorom Gorom, à l’extrême nord du Burkina Faso ; C’est une belle région touristique où on peut admirer les peuples nomades juchés sur leurs chameaux, où l’on peut se promener sur des dunes de sables. On se croirait à certains moments dans le Sahara profond.
Gorom Gorom est célèbre aussi par son marché hebdomadaire qui draine des populations venant du Mali, du Niger et du Burkina. On y vend du tout, surtout des produits céréaliers et artisanaux. Même les gens de Ouagadougou, surtout les touristiques ne manquent pas à ce rendez-vous hebdomadaire. A quelques dizaines de Km, vous pouvez admirer la mare d’Oursi. Vous serez accueilli par des milliers d’oiseaux, et quelques peuples nomades qui campent au bord de l’eau. Un petit campement avec toutes les commodités accueille les touristes fatigués par les slaloms en 4X4 dans ce sable brûlant le jour et frais la nuit.
C’est ainsi que les moyens de communication tels le téléphone ou l’Internet peuvent aider à désenclaver cette zone reculée où parfois vous faites des Km sans apercevoir une personne. En fait, ici, votre sauveur, ce n’est pas le téléphone, mais le Guide touristique qu’il est fortement recommandé de prendre. Nous en avons fait l’amère expérience, quand, entre Oursi et Gorom Gorom distante d’une trentaine de km nous sommes tombés en panne : impossible de faire quoi que ce soit. Somda Théodore, Webmaster de Burkina Ntic a voulu mettre la main à la pâte et se reconvertir en mécanicien auto. Il s’en est fallu de peu parce qu’il a failli perdre un doigt. On n’avait même pas de l’alcool pour panser sa blessure et aucun moyen de communication pour rallier le village. Le système D aidant, l’huile de frein a remplacé l’alcool !
Un seul accès public à l’Internet à Gorom Gorom
Nous avons rencontré dans cette contrée un audacieux du nom de KOMBERE Alain Marie aidé par sa femme qui rêve de désenclaver son patelin en le reliant à l’Internet et en permettant à la population locale d’accéder aux vastes ressources du web.
La petite maison qui n’a pas encore une enseigne, on vous l’expliquera plus tard, offre des services de bureautique, de librairie et aussi de connexion à l’Internet depuis mars 2002.
« Nous avons quelques clients, c’est nouveau et nous sommes dans une zone qui n’est pas assez peuplé, les gens ne sont pas habitués aux nouvelles technologies, nous avons quelques rares fois des saisies c’est surtout ça le gros du travail, la saisie et la correction de document ; quelques-uns viennent pour l’initiation informatique », nous confie M. Komberé Alain.
Le public cible qui fréquente le centre, c’est surtout les jeunes et quelques fonctionnaires qui viennent pour apprendre à manipuler et avoir une connaissance de base en traitement de texte du logiciel word.
Un coût forfaitaire de 20.000 FCFA est fixé par initiation, (Formation de 2 semaines tous les soirs 2 heures par soir pendant 14 jours pour un forfait de 20 000 FCFA pour le moment)
En ce qui concerne la fréquentation des jeunes, M. Kombéré nous dit :
Nous sommes dans une zone rurale si je peux le dire, les quelques élèves sui veulent le faire ne sont pas en mesure de pouvoir payer les 20 000 FCFA, aussi les gens croient que l’initiation en informatique est réservée à une certaine classe ; ce qui fait qu’on a très peu de gens qui viennent se former. Il y a des tous petits qui viennent et je les fais la formation gratuitement, pour attirer toutes les catégories de personnes.
Se connecter à l’Internet la nuit
La connexion à l’Internet est hypothétique dans cet endroit. Le réseau téléphonique étant saturé et pas tellement approprié pour ce service. A ce propos, M. Kombéré nous dit que « on tente plusieurs fois sans avoir la connexion, lorsqu’on y arrive, la machine affiche qu’il y a des erreurs de configuration. C’est la faute du réseau. L’accès est plus facile la nuit car le réseau devient libre.
Ce n’est donc pas facile ici. Il faut patienter pendant des heures afin de voir le sésame s’ouvrir. Parfois, des jours entiers, on ne peut accéder à l’Internet, mais pourtant, on paie tous les essais infructueux.
Un service local de téléphonie peu coopérant.
Les difficultés avec le service local de l’ONATEL (Office National de Télécommunication) sont nombreuses. Apparemment ces derniers ne sont pas pressés de voir la population utiliser ce moyen de communication. La preuve est que l’ONATEL ne propose même pas ce service dans ses propres locaux. Les pionniers et audacieux tels que Kombéré Alain peine donc dans cet univers.
Questionné à ce propos, il nous confie : Ce ne sont pas de gros problèmes en tant que tel, mais en ce qui concerne la facturation, la facture est élevée. L’ONATEL n’est pas en mesure de nous offrir le service que nous demandons. Nous voulons faire un cyber, mais c’est impossible parce que l’ONATEL demande à ce qu’on puisse installer une ligne comme un télécentre à facturation locale, par ce que les télécentres sont facturés au niveau local ici, ils passent toutes les quinzaines pour qu’on règle les factures. Il faut obligatoirement une ligne de ce type télécentre pour qu’on puisse faire une exploitation commerciale et depuis mars 2002 nous avons fourni les documents pour avoir cela, main en vain.
A force de solliciter l’obtention d’une ligne de ce type, en fait, il s’agit d’une affaire de formalité sinon, la qualité de la ligne est la même. M. Kombéré est bloqué et ne peut dire publiquement qu’il assure le service Internet. Pourtant, il sauve des gens et des projets simplement par l’usage d’Internet et grâce à lui, certains projets arrivent à envoyer leur dossier à temps en Europe. M. kombéré offre donc ce service à quelques privilégiés, c’est à dire ses amis et connaissances, « nous ne pouvons offrir le service à tout le monde par ce que nous risquons d’aller à l’encontre de la loi. »
Il arrive pourtant que les services étatiques le contactent afin d’envoyer leur dossier en urgence à la Banque Mondiale et autres.
M. Kombéré souhaite donc que l’on résolve son problème et que la qualité des services de l’ONATEL s’améliore afin que l’Internet puisse prendre pied dans cette belle région du Burkina
Somda Théodore
Ouédraogo Sylvestre
