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Kongoussi : quand le téléphone cellulaire de seconde main aide les paysans

Kongoussi : quand le téléphone cellulaire de seconde main joue le premier rôle

Pourquoi les téléphones portables sont plus adaptés pour le secteur informel en Afrique dans les villes et pour les paysans dans les campagnes : exemples au Burkina.

Au début de l’avènement du téléphone portable au Burkina en 1996, il était destiné à un public très élitiste : ministres, députés, Directeurs Généraux. Il fallait débourser 1000 euros pour avoir un téléphone portable. Ce n’est que dans les années 2000 avec l’introduction des systèmes de prépaiement et l’ouverture à la concurrence que les choses ont changée.

Les prix commencant à baisser (autour de 150 euros en 2000 et maintenant 60 euros en moyenne en 2007 pour avoir un téléphone portable de base),la population a commencé à utiliser ce genre d’équipements pour de multiples usages :

En ville, nous remarquons que tout ceux qui sont dans le secteur informel,et qui ont comme dénominateur commun la mobilité, la non disposition d’un bureau fixe, le commerce ambulant...ont un équipement mobile qui leur permet d’améliorer leurs affaires.

Ainsi que ce soit un plombier, un mécanicien auto ou un menuiser, un simple coup de fil permet de joindre tout un chacun et la personne se déplace alors pour venir faire le travail.

Les commerçants appellent leurs fournisseurs pour s’approvisionner et leurs clients pour les prévenir de l’arrivée d’une marchandise.
Il faut rappeler que pour obtenir une ligne fixe, il faut être dans certaines zones précises et l’attente peut durer des années.

Le système de carte téléphonique à pré paiement permet également aux personnes ne possédant pas un revenu fixe d’ajuster leurs consommation en fonction des besoins et de leurs disponibilités. Le prix des cartes variant de 1 à 100 euros en moyenne

Dans les zones rurales qui regroupent 75% de la population, le téléphone mobile joue de multiples rôles.

- Sécurité : on peut avertir une personne quand il y a un danger (feu de brousse, excision, épidémie, malade grave...) parfois, il faut faire 30 à 100 kilomètres pour avoir le téléphone fixe le plus proche.

- Information : grâce aux SMS, beaucoup de messages passent (prix agricoles, santé...)

-  Affaires : les producteurs se renseignent sur les prix de marché avant d’y conduire leurs récoltes et arrivent donc à vendre sur les meilleurs marchés. Par exemple, ceux qui font le maraîchage sont joints par téléphone dans les champs et sont prévenus de l’arrivée d’un camion avant de récolter la production ; ce qui évite les méventes et les détériorations de produits périssables.

Des organisations de paysans dotent parfois leurs animateurs de téléphones mobiles, ce qui facilite l’échange, les informations sur les maladies de plantes, les techniques de production. Il faut dire que les agents agricoles par faute de moyens et la mauvaise qualité des infrastructures routières ne peuvent aller dans les villages à chaque fois.

- Social : l’Afrique se retrouve avec l’oralité avec le mobile : on préfère entendre la voix de personnes éloignées et cela permet de réduire les tensions sociales entres villages et entre groupes ethniques différents.
Il faut rappeler que toutes les zones au Burkina ne sont pas couvertes par la téléphonie mobile. Les signaux sont faibles par endroits et inexistants dans certaines régions. On constate alors des gymnastiques incroyables : certaines personnes sont obligées de faire 1 à plusieurs dizaines de kilomètres pour rejoindre une zone où le signal GSM passe afin de faire un appel. D’autres grimpent sur des arbres ou sur des collines pour appeler. Les batteries de téléphones portables sont rechargées la nuit avec des alternateurs et certains utilisent des panneaux solaires.

Tout n’est pas aussi rose avec le mobile : il faut avoir de l’argent pour en acheter et aussi faire attention pour ne pas le casser. Devenant de plus en plus miniaturisé et inadapté pour un certain public qui préfèrent des postes plus robustes.Il devient un signe de distinction social : plus le téléphone est petit, plus il est cher, plus il met le proprietaire dans le cercle des nantis.Plus vous avez des appels, plus vous êtes importants.

Dans certains villages, on fait le troc céréales contre frais téléphoniques afin de pouvoir joindre une tierce personne. Cet outil individualisé devient un outil collectif, un téléphone portable pouvant servir à tout un quartier, voir un village qui est ainsi désenclavé. En effet, on ne peut refuser de donner son téléphone à un parent et on est obligé de prendre sa bicyclette et son téléphone pour rejoindre un autre quartier afin de passer la communication à une personne qui en est démunie.

un nouveau langage est née : "le bipping" on vous bipe une fois= je pense à vous, deux fois = c’est important, tu as oublié le rendez vous. trois fois = rappelle moi ; urgence...

Donc, même sans payer, on arrive à faire passer les informations : veinards que vous êtes...

Les téléphones portables de seconde main à Kongoussi.

Cela fait plus de deux ans aujourd’hui que l’association Yam Pukri a initié dans sa politique de vulgarisation des TIC au Burkina Faso la commercialisation des téléphones portables de seconde main. L’association par le biais de son partenaire l’ONG Terre des Hommes Suisse Genève achète des téléphones cellulaires de seconde main en suisse et les revend au pays des "Hommes Intègres". Ces téléphones toujours en très bon état sont vendus à des prix très bas (prix compris entre 7 500 et 45 000 FCFA). La gamme de ces téléphones varient des modèles simples aux modèles de luxes (téléphone avec camera incorporé, ...).

Yam Pukri commercialise une partie de ces téléphones à Ouagadougou et l’autre en milieu rural. Le jeudi 12 avril 2007, nous avons fait le déplacement de Ouagadougou à Kongoussi pour voir l’usage qu’en font les populations de cette localité de cet outil de communication.

Nous sommes partis ce jeudi matin très tôt à bord d’un véhicule de transport public pour Kongoussi. Une fois sur place nous avons été accueilli par Lazare Sawadogo, ténancier d’un télécentre, le distributeur de la localité travaillant avec Yam Pukri. C’est ainsi que Mr Sawadogo nous a mis en contact avec quelques un de ses clients afin que nous puissions les interviewer. Nous avons alors pu nous entretenir avec Lazare lui même, Evelyne Marie Louise Sawadogo, Zakarie, Lassané, Romuald et Francis.

Pour Lazare, les téléphones qu’il vend se paient correctement. Pour lui, ces téléphones sont très bien prisés en ce sens que chaque stock reçu est vendu en quelques jours. Dans la zone, les gens n’ont pas assez de moyens alors, ils préfèrent ce qui est moins cher. Yam Pukri ne commence à lui envoyer ces téléphones, beaucoup de gens dans son quartier n’avaient pas de téléphones. Aujourd’hui grâce à Yam Pukri et à son partenaire le nombre de propriétaires de téléphone a beaucoup augmenté. Cela permet d’avoir les nouvelles du quartier partout où on se trouve.

Evelyne Marie Louise est vendeuse de dolo. Elle vend aussi de la soupe de viande et aujourd’hui avec l’ouverture de la chasse, elle vend souvent la soupe de viande sauvage. Pour Evelyne depuis qu’elle a son téléphone, il lui arrive souvent de vendre une bonne partie du dolo et la totalité même de la soupe avec même de s’installer pour commencer à vendre. Cela, parce qu’elle reçoit désormais les commandes par téléphone. Certains fidèles clients même en déplacement hors de la ville font leur réservation et dès leur retour, ils passent faire la fête dans son cabaret. Pour elle grâce à ce téléphone le jour qu’elle ne prépare pas le dolo, elle arrive à éviter le déplacement à ces clients. Alors avant qu’elle n’ait ce téléphone il y avait des clients qui se déplaçaient de villages voisins venir dans son cabaret sans avoir gain de cause. Généralement ces clients viennent d’autres localités et sont des fonctionnaires.

Zakarie est menuisier sur le côté Est de la mairie de Kongoussi, il a acquis un téléphone portable avec Lazare, il y a de cela deux ans. Pour Zakarie ce téléphone a Révolutionné son activité. Pour lui avant d’avoir ce téléphone, il dépensait et se déplaçait beaucoup avant d’avoir certains marchés. Chaque jour, il était obligé de passé chez des amis, dans certains télécentres et dans certains points de rencontre (cabarets, bars, carrefours, ...) de la ville pour voir si quelqu’un n’avait pas laissé de commande pour lui. Pour lui aujourd’hui cela n’est qu’un mauvais souvenir. Car, désormais il reçoit directement ses commandes sur son portable. Ces clients de Ouagadougou n’ont plus de problème pour le joindre. Mais, Zakarie souhaite tout de même qu’on fournisse les portables avec des batteries neuves et des chargeurs. Pour lui, il est souvent très difficile d’avoir certains types de batteries et de chargeurs à Kongoussi.

Lassané est mécanicien d’engins à deux roues non loin de l’atelier de Zakarie. Pour Lassané, depuis qu’il a son téléphone portable les clients prennent des rendez-vous avant d’amener leurs engins à la réparation. A la fin de la réparation, il les fait appel pour qu’ils viennent chercher leurs engins. Dans beaucoup de cas ce sont les clients eux-mêmes qui appèlent. « Dans tous les cas ce téléphone a réduit beaucoup de choses dans mon activité et ça fait que de clients sont aussi satisfaits de mon travail. Je remercie beaucoup Lazare et le projet qui nous a facilité l’accès au téléphone portable ».

Romuald et Francis sont des maraîchers autour du lac Bam. Ces maraîchers disent rencontrer avant beaucoup de difficultés pour vendre les légumes et les tomates qu’ils produisent quant on sait que ce sont des produits périssables. Souvent il est arrivé que beaucoup de tomates pourrissent dans les champs pour absence de clients. Mais aujourd’hui avec leurs téléphones portables leurs clients du Ghana et du Togo les contactent directement avant de faire le déplacement du Burkina Faso. Par le passé comme ils n’avaient pas de contact, ils attendaient que le client se présente à eux. Aujourd’hui tout cela a changé. Car en dehors de la commercialisation des produits maraîchers, ils sont devenus amis avec leurs clients et ils s’appellent régulièrement.

Au regard de tous ces éléments ont voit qu’aujourd’hui grâce aux efforts de Yam Pukri et de Terre des Hommes Suisse que les TIC sont présents dans les champs de tomates, dans les ateliers de menuisier, de mécaniques, de tailleurs, dans les cabarets,... . Le téléphone portable longtemps vu dans le pays des "Hommes Intègres" comme objet de luxe,fait parti de la vie de toutes les couches socioprofessionnelles de la population.

La présence de ce outil fait qu’aujourd’hui il est très difficile "de chercher quelqu’un sans le trouver" comme le disent mes interviewés de Kongoussi. A cause des facilités qu’il offre aux uns et aux, le téléphone portable est devenu aujourd’hui un outil incontournable de travail. Vous ne pouvez rien faire aujourd’hui, être performant et compétitif sans sa présence dans votre activités. Alors, des initiatives comme celles de Yam Pukri pour vulgariser cet outil en milieu rural doivent être soutenues par les autorités du pays.

Charles DALLA
Burkina ntic

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C4C est une coalition d’ONG neerlandaise qui travaille dans le domaine de la Communication pour le changement dans plusieurs pays. cette vidéo montre une activitié d’apprentissage au Burkina avec ses partenaires.

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