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L’informatisation du fichier électoral n’est pas une panacée

Les élections en Afrique constituent une activité complexe et délicate. Les élections mal organisées ont été à l’origine de nombre de conflits dont la manifestation la plus récente se déroule au Kenya. Pourtant, l’introduction des TIC dans le processus électoral revendiquée par la classe politique des pays africains étaient censée épargner les nations et les peuples des scènes de violences et des tragédies qui caractérisaient généralement les élections en Afrique. Pourquoi en dépit des efforts consentis à grands frais pour informatiser le fichier électoral dans les pays africains, les élections jugées « propres » par toutes les parties prenantes paraissent toujours comme une ligne d’horizon ?

Incontournables, les TIC sont sollicitées partout. Si le boutiquier du quartier, le transporteur, ou le fermier ne se prive pas d’utiliser les services des TIC pour développer et gérer leurs affaires, la république elle, s’en sert pour consolider les fondements de la démocratie à travers des actions de crédibilisation du processus électoral.

Le processus électoral en Afrique en général et particulièrement au Burkina Faso fait l’objet de polémiques. L’intérêt qu’il suscite est plus ou moins fonction de l’enjeu qu’il représente mais surtout des griefs qu’on lui fait. Ainsi, après une vaste campagne de revendication menée par les partis politiques et les organisations membres de la société civile, le Burkina Faso a consenti à informatiser son fichier électoral. La saisie des listes pour les besoins de l’informatisation a débuté en 2004.

Pour Hubert Kaboré, Directeur de l’informatique et du fichier électoral de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), « l’informatisation du fichier électoral a comme principal avantage l’obtention à terme d’un fichier électoral fiable. Car elle permet de supprimer les inscriptions multiples et d’opérer le traitement des doublons. »

Les avantages des TIC dans le processus électoral

Pour s’acquitter de cette tâche hautement stratégique, la CENI du Burkina s’est attachée les services d’un logiciel conçu à cet effet : le Système Informatisé de Gestion du Processus Electoral (SYGAPE). C’est un logiciel hautement sécurisé. Il est fermé et il n’est accessible qu’aux personnes habilitées à accéder aux bases de données et cela pour éviter au mieux la manipulation du fichier électoral par des individus aux intentions malveillantes.

Pour la CENI, le défi de la transparence ne se trouve pas seulement au niveau de l’informatisation du fichier électoral mais plutôt sur tout le processus électoral. C’est-à-dire aussi bien en amont qu’en aval des élections. Mais c’est là que les difficultés apparaissent. Depuis l’informatisation du fichier électoral, le Burkina a déjà organisé trois (3) élections. Il s’agit de la présidentielle de novembre 2005, des municipales de 2006 et les législatives de 2007. Les opérations de vote se déroulent généralement dans 13000 bureaux de vote environ. Pour Hubert Kaboré, « l’idéal serait d’avoir un ordinateur par bureau de vote pour faciliter la collecte, le traitement et l’acheminement des résultats au niveau central. »

Mais malheureusement, on n’en est pas encore là. Parce que l’organisation des élections révèle très souvent des paradoxes et des contrastes. Pendant que la CENI et certains états major de partis politiques nantis ont les yeux rivés sur les écrans de leurs ordinateurs pour le décompte et le traitement des résultats, les scrutateurs de certains bureaux de vote à l’intérieur du pays font des décomptes manuels et mentaux à la lueur des lampes tempêtes juste après l’arrêt des votes. Dans ces conditions où l’énergie électrique n’a pas encore été véritablement « décentralisée » au Burkina, où les ordinateurs demeurent toujours un luxe et où la maîtrise de l’outil informatique est encore hélas réservée à quelques initiées, il est difficile de généraliser l’usage du système informatique en période électorale.

Qui peut le plus peut le moins

M. Jean léonard Compaoré, secrétaire national Chargé des grandes consultations électorales du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP parti majoritaire), est convaincu que « l’informatisation est une bonne chose pour le processus électoral. Mais il faut d’abord réussir à surmonter nos handicapes liés a nos pesanteurs structurelles que sont l’analphabétisme entre autres ». En effet, il regrette qu’il y ait des « ministres ou des députés qui ne savent même pas encore mettre en marche un ordinateur ou saisir un texte sur un clavier. » Se désole–t-il !

Cyriaque Paré, Docteur en sciences de l’information et spécialistes des TIC est persuadé quant à lui que « l’informatique est un outil de travail performant mais en amont, il faut disposer des données fiables. Il faut une bonne logistique pour que ce ne soit pas le ventre mou du système. »

Qui peut le plus peut le moins. Dit l’adage. Les TIC à l’image des autres technologies n’ont pas que des avantages. Elles ont aussi leurs faiblesses, leurs revers. Il faut noter que bien que les TIC disposent de système d’application automatisée, l’Homme demeure au centre du processus d’informatisation. « L’informatique n’invente rien. Elle ne retient que ce que les hommes lui auront proposé » affirme Drissa Komo président par intérim du Front des forces sociales (FFS, un parti sankariste de l’opposition). Pour cela, il faut une rigueur dans la procédure de confection ou de révision des listes électorales. A ce propos, Lassina Simporé, citoyen et électeur fait remarquer par un proverbe que « si on dit qu’un document ne ment pas, c’est que ce n’est pas un menteur qui l’aurait conçu ».

En clair, outre la maîtrise des outils informatiques, la fiabilité des listes ou des résultats électoraux est toujours tributaire de la probité morale et du degré de la bonne foi des acteurs.

Il faut noter que les documents de l’état civil exigés aux électeurs sont souvent à l’origine des fraudes électorales. Au Burkina, le livret de famille, l’acte de naissance qui sont des documents sans identifiant visuel (pas de photo) suffisent pour voter. Les risques de fraudes demeureront tant que le processus ne va pas évoluer vers la carte avec photo, voire les cartes d’identité numérisées comme pièce à présenter par chaque électeur avant l’accomplissement de son devoir citoyen. Dans une déclaration datée du 1er mars 2008, le parti de la renaissance nationale (PAREN) propose à cet effet « d’instituer une carte électorale numérisée avec photo, et prise d’empreintes digitales. L’argument est simple. Cette carte électorale contribuera à réduire les possibilités de fraudes. Du reste, c’est sous la facilitation du Burkina qu’une telle carte a été instituée au Togo et le sera bientôt en Cote d’Ivoire. »

A l’analyse, il s’avère évident que pour réussir le pari de la transparence, Il faudrait aussi obtenir l’engagement ferme et sincère des acteurs qui interviennent à tous les niveaux du processus. Si les acteurs ne cultivent pas l’esprit de la transparence, cela pourrait se ressentir dans la conduite du processus électoral et anéantir donc les efforts consentis dans l’informatisation du fichier.

Cette évidence place donc les technologies de l’information et de la communication comme un adjuvent et non la pièce maîtresse de la transparence des élections. C’est dire que la démocratie et l’Etat de droit ne sauraient -par orgueil- se passer de l’action de l’homme sous prétexte que le système informatique est performant.

Tant qu’il n’y aura pas de volonté politique affichée pour combattre l’ignorance et pallier au manque de ressources dans les pays pauvres d’Afrique, l’informatisation seule du fichier électoral ne suffira pas pour garantir des élections transparentes. Elle ne saurait donc être la panacée dans ces conditions.

Auteur : Touwendinda ZONGO

Article produit à l’occasion de l’Edition 2008 du Prix IPAO "Sociétés de l’Information"

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