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La révolution numérique à L’Observateur Paalga
Premier quotidien privé du Burkina, L’Observateur Paalga a commencé à paraître le 28 mai 1973. Déjà à l’époque, le journal disposait d’une imprimerie et d’un laboratoire de photographie noir et blanc. C’est dire que dès ses premières heures, le journal n’a pas omis le volet illustration des articles. Pourtant, la photographie à L’Observateur mettra plus de 25 ans pour évoluer de l’analogique au numérique. Ce passage s’est-il fait sans appréhensions ? Quels sont les avantages comparatifs entre l’analogique et le numérique ? Réponse dans cette enquête.
A ses débuts en 1973, L’Observateur Paalga avait une équipe très réduite. Selon les "rescapés" de cette odyssée médiatique, la rédaction comptait seulement quatre journalistes. Sur les lieux de reportage, le journaliste était en même temps le photographe. De retour à la rédaction, chacun rédigeait son papier puis entrait dans le laboratoire pour développer et tirer ses photos pour l’illustration. Il faut préciser qu’ils avaient appris à manier les appareils après une formation à AGFA-Photo, un studio ouagalais. Ce n’est qu’en 1975 que le journal va engager des photographes attitrés, déchargeant du même coup les journalistes de cette "corvée".
La technologie est cependant restée la même. Le photographe tirait les photos et les remettait au journaliste qui les légendait avant de les envoyer au service du montage. Pendant la mise en page, on laissait des espaces, des cadres vides, en dessous desquels on reportait les légendes des photos correspondantes. Imprimée, la page était convoyée au laboratoire où les laborantins étaient chargés de mettre chaque photo dans son cadre. Voilà, il n’y a pas si longtemps que ça, la gymnastique quotidienne pour pouvoir offrir au lecteur un journal illustré.
Elle révèle en fait la lourdeur de l’utilisation des photos analogiques en noir et blanc. Selon Emmanuel Ilboudo, le chef de la section-Photo du journal, quand on revenait de reportage, il fallait en moyenne 45 minutes pour livrer les photos au journaliste. Un temps relativement long, même interminable aux yeux des reporters, mais qu’on impute à la lourdeur du processus de production de la photo et que M. Ilboudo nous explique en ces termes : Quand on entre dans le laboratoire, on prépare d’abord les produits chimiques nécessaires. Il s’agit notamment du révélateur, qui permet de développer la pellicule et de tirer les photos, et du fixateur, qui fixe le négatif sur la pellicule développée et qui fixe aussi la photo sur le papier après le tirage. En principe, on doit tenir compte de certaines températures et de la durée d’immersion dans les produits chimiques si on veut obtenir des photos de qualité ; mais pour des contraintes de temps, les journalistes étant toujours pressés d’avoir leurs photos, nous ne respectons pas toujours ces normes.
Une fois que les produits sont préparés dans des bains différents, le photographe, qui travaille dans le noir, sort la pellicule de l’appareil. Il la trempe dans le révélateur. Au bout d’un certain temps, il la sort à nouveau pour la plonger dans le bain du fixateur. A ce moment, on obtient le négatif des photos. Après cela, il lave le négatif et l’étale pour le faire sécher. Pour accélérer le séchage, on se sert d’un ventilateur. Quand le négatif est sec, le photographe retourne dans son laboratoire où, toujours dans le noir, il utilise un agrandisseur pour le tirage des photos sur du papier spécial. Une à une, les photos sont tirées sur papier. Après chaque tirage, il plonge le papier dans le révélateur. Au bout d’un certain temps, on aperçoit l’image qui apparaît sur le papier. Une fois qu’elle est bien révélée, on la plonge dans le fixateur. Puis, la photo est lavée à l’eau et on la fait sécher. C’est seulement après cela que le journaliste peut disposer des photos de son reportage. Un mode opératoire qui peut donner du tournis aux responsables du journal, en raison des contraintes de bouclage.
On a d’abord numérisé les photos analogiques
Approché par nos soins, l’attaché de direction, chargé de l’exécution des dépenses du journal, M. Antoine Nacoulma, a soutenu que la photo analogique occasionnait plus de frais. Il précise qu’il faut acheter le révélateur, le fixateur, la pellicule, les piles et le papier photo. Pour acquérir tout cela, le journal déboursait un peu plus d’un million FCFA par trimestre, soit une ligne budgétaire de 5 millions FCFA par an. Ce montant n’est pas négligeable quand on sait que les tensions de trésorerie sont fréquentes dans nos organes de presse. Avec l’évolution, le journal a fini par acquérir un scanner-photo en 1999. A partir de ce moment, on a commencé à numériser les photos analogiques. On les stockait alors dans un dossier et au moment du montage, on les plaçait directement dans les cadres prévus. Un pas de géant qui allègeait la tâche des laborantins, mais pas celle des photographes qui continuaient toujours à travailler comme par le passé.
En 2002, Emmanuel Ilboudo approche la Direction pour demander l’achat d’appareils photos numériques. Celle-ci hésite. M. Nacoulma explique qu’ on ne pouvait pas y aller les yeux fermés puisqu’on ne maîtrisait pas tous les paramètres. De plus, il faut préciser qu’un seul appareil coûtait à l’époque près de 700 000 FCFA. Pour engager une telle dépense, il fallait réfléchir par deux fois. Quant au secrétaire de rédaction, M. Maurice Bamouni alias Baly Kéïta, il justifie cette appréhension par le fait qu’on pensait aussi qu’il fallait assurer aux photographes de la maison une formation poussée afin qu’ils puissent utiliser le numérique. Même des journalistes semblaient sceptiques. Par prudence, on engagea l’achat du premier numérique en fin 2002. Pour "essayer voir" comme on dit. Et c’est en janvier 2003 qu’il a commencé à servir. A ce moment, on utilisait les photos numériques et analogiques. Très vite, le journal sera séduit par la qualité et la facilité d’utilisation des photos numériques. Cette fois-ci, sans hésiter, on engagea les dépenses pour acquérir deux autres appareils. Ainsi, les trois photographes du journal ont rangé dans les placards leurs appareils analogiques. L’ère de la photo numérique venait de sonner.
Très vite, le journal a commencé à récolter les dividendes de cet investissement judicieux. Et ce n’est pas M. Nacoulma qui nous dira le contraire. Tout heureux, il a déclaré : Depuis qu’on utilise le numérique, nous faisons d’énormes économies. On n’achète ni papier photo, ni révélateur, ni fixateur, ni pellicules. Plus besoin de piles parce que les appareils numériques fonctionnent avec des batteries rechargeables. Les dépenses photos sont devenues nulles. Une ou deux fois, on a réparé un appareil, mais la dépense n’excèdait jamais 35 000 FCFA. Aucune démonstration n’est nécessaire pour défendre le bien-fondé de ce basculement dans le numérique.
Encore quelques réglages à faire
Les photographes non plus ne tarissent pas d’éloges pour le numérique. Pour eux, c’en est fini du travail dans le noir, les doigts, même gantés, plongés dans les produits chimiques avec tout ce que cela comporte comme désagrément. Mieux, leur travail est devenu plus simple. Après un reportage, en 3 minutes, ils sont à même de livrer les photos aux journalistes. Selon Emmanuel Ilboudo, Avec le numérique, on peut prendre autant de photos que l’on veut lors d’un reportage. Quand on fait une photo, sur place on peut la visionner pour s’assurer de sa qualité et reprendre une autre si nécessaire. Toute chose que l’analogique ne permettait pas. Et quand on transfert les photos dans un ordinateur, à l’aide de logiciels comme Photoshop et Illustrator, on peut les traiter pour produire les effets spéciaux voulus. De plus, avec ces logiciels, on peut tout faire avec les photos : les combiner, les superposer, les retourner, les comprimer, les transformer en leur donnant diverses formes, etc.
En écho, le Rédacteur en chef, M. Ousséni Ilboudo, répond que tout cela, ce sont des possibilités qui restent à exploiter à fond. Il ajoute qu’au moment où le journal amorce tout doucement les parutions en couleur, le numérique est vraiment le bien venu. Toutefois, a-t-il ajouté, l’appareil qu’il soit analogique ou numérique ne remplace jamais le photographe, son "coup d’oeil", son professionnalisme qui sait saisir l’instant décisif, les postures éloquantes au lieu des éternels "praesidium", "vue des séminaristes", "photo de famille" qui n’ont souvent rien de journalistique. Et c’est à ce niveau que le Rédacteur en chef attend encore beaucoup des photographes.
Tout n’est d’ailleurs pas rose dans la photo numérique. Que ce soit le chef de la section Photo ou le secrétaire de rédaction, tous le savent bien. Il y a un inconvénient lié à l’organisation interne du journal : la difficulté d’archivage des photos. Ces derniers tiennent à peu près le même langage : On n’a pas pu archiver nos premières photos numériques. Puisqu’on n’a pas encore acquis tout le matériel nécessaire qui permette de les stocker sur des supports extérieurs (cd-rom) pour ne pas surcharger les ordinateurs. Il nous faut un graveur pour cela. Pour eux, cela est d’une grande urgence, car aujourd’hui, si l’ordinateur tombait en panne, on n’aurait plus accès à nos archives stockées dans le disque dur. A part ces petits problèmes qui sont somme toute gérables, on ne peut que louer le numérique pour le confort de travail qu’il apporte à l’équipe de L’Observateur Paalga et le surcroît de qualité qu’il confère à ses productions.
L’avènement des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) offre donc aux médias une flexibilité, un confort et une rapidité de travail, comme on l’a vu avec l’exemple du numérique à L’Observateur Paalga. De plus, avec les NTIC, les médias ont un pouvoir de diffusion sans frontières, à l’échelle planétaire au moyen d’internet. La révolution numérique est donc un mouvement auquel doivent adhérer tous les organes de presse burkinabè pour en tirer tous les bénéfices. Plus qu’un simple effet de mode, c’est une exigence pour tout média qui veut exister dans ce nouveau millénaire où l’on parle de plus en plus de la société de l’information.
San evariste
