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Le Burkina Faso à l’heure des TIC
La ruée vers le web
Article publié dans le Afrique Magazine Promotion paru à l’occasion de la Semaine Nationale de l’Internet du 1er au 10 juin 2007, Ouagadougou par Ramata Soré.
A Ouagadougou, via la multitude de cybercafés, la population a accès quotidiennement à Internet. Un nombre incalculable de cybercafés existent à Ouagadougou, la capitale politique du Burkina. Ils se côtoient les uns les autres à moins de 100 m. La concurrence est rude. Et l’ingéniosité très vive. Objectifs. Attirer le maximum de clients par des enseignes soit descriptifs Cyber climatisé chez Ange pour signifier que le local à de l’air conditionné, soit patronymiques renvoyant au monde des affaires anglo-saxons Asy-Center soit patriotiques Faso cyber plus. A Ouaga, la majorité des Cybers était des secrétariats publics ou jadis l’on téléphonait ou faisait de la stéréotypie. Elle a disposé, avec la venue fin 90, d’Internet avec comme matériel quelques ordinateurs et une connexion plus ou moins aléatoire.
Dans les Cybers, la puissance de la connexion varie selon le pouvoir financier des propriétés. Certains ont plus ou moins de très faibles (28 à 512 kilobits). Pour les faibles débits, il faut être patient, comme si l’on attendait le retour du Christ annoncé depuis des siècles. Rien que pour l’ouverture de sa boîte électronique, l’on perd facilement une trentaine de minutes, sinon toute l’heure de connexion achetée à 300 F CFA. Les employés, sourires aux lèvres, vous font espérer un débit plus rapide dans les minutes suivantes sans pour autant admettre qu’ils disposent d’un débit faible.
Les Cybers mieux nantis ont l’ADSL comme le cybercafé du Centre national de presse Norbert Zongo ou les cyberpostes installés par le Ministère des Postes et des technologies de l’information et de la Communication (MPTIC) dans certains quartiers de la ville de Ouagadougou/
Un engouement pour le virtuel
Selon la proximité de ces centres d’accès par rapport aux lieux d’habitation, de travail ou d’études des clients, ils font salle comble ou non. Les clients sont des instituteurs, des professeurs des lycées et collèges, des hommes d’affaires, des étudiants, des élèves, des prêtres ou sœurs, de quelques femmes au foyer ou des sans-emplois découvrant le virtuel. Aussi, ouvrent-ils leur première boîte électronique grâce à l’assistance d’une personne aguerrie. Les clients sont là également soit pour tchater, soit pour faire de la recherche, soit pour finaliser ou réaliser des documents scientifiques tels les thèses, les rapports... Les tarifs de connexion tiennent compte du cadre. Le prix est plus élevé (plus ou moins 500 F CFA l’heure) dans ceux ayant la climatisation, un box isolant chaque client. On y trouve dans certains, des services annexes comme la possibilité de scanner, de photocopier ou d’imprimer des documents, de faire des appels téléphoniques via le fixe ou le net, une buvette où l’on peut se désaltérer. Dans les centres d’accès ventilés ou pas, l’heure oscille de 250 à 300 F cfa l’heure. La Municipalité de Ouagadougou a créé des Centres multimédia près de certains grands lycées et collèges de la ville. A des prix sociaux, les élèves s’initient au monde des nouvelles technologies. La ruée vers les cybers se justifie par le fait que très peu de personnes disposent de moyens financiers pour recevoir le Web à domicile, bien que les prix sont en décroissance. Une installation ADSL à domicile coûte 35 000 FCFA par mois (le SMIG au Burkina) avec un débit de 64 à plus de 128 kilobits.
Au début de l’ère des cybercafés, bien d’investisseurs ont mis la clé sous le paillasson à cause de la lenteur de la connexion, des coupures d’électricités intempestifs, du manque de maintenance des ordinateurs, du fait qu’une bonne partie de la population ignorait ce qu’était le monde virtuel. Ce temps est révolu. Les businessmen sont aguerris et beaucoup ont maintenant le savoir-faire nécessaire pour gérer leur parc informatique. Et la concurrence aidant, chacun se fait une place au sommeil.
Seuls les meilleurs existent
Moussa Savadogo, le receveur du cyberposte de Nennin, un quartier périphérique de Ouagadougou pense que la concurrence permet plus ou moins de décanter le marché. Pour lui, « plus il y aura d’internautes, plus ils feront la différence entre les meilleurs services ». Le nombre sans cesse croissant de cybers incite le public à utiliser les nouvelles technologies. Leur existence entraîne nécessairement la création de nouveaux emplois. « Nous devrons embaucher des gens qualifiés, pouvant aider les clients qui le désirent » assure Rasmané Zoungrana, fondateur et directeur général de Faso cyber plus. En dehors de la capitale Ouagadougou, la connexion à Internet est plus complexe. Le coût des y est deux fois plus élevé. L’opérateur national, Fasonet, en situation de quasi monopole, est le seul à proposer des services. Les autres providers ne pouvant se contenter que de Ouagadougou. Fréquemment, dans la presse nationale, des internautes racontent leurs misères.
Néanmoins, des initiatives telles les Centres ADEN (appui au désenclavement numérique) du Ministère des Affaires étrangères Français en coopération et du MPTIC Français ont permis à 16 localités enclavées accéder à la toile mondiale. L’Institut International de la Communication pour le Développement basé à la Haye au Pays-Bas, l’UNESCO, l’Oxfam-Quebec, etc., ont aidé des collectivités à mettre en place des Télécentres au profit de leurs membres. Cahin-caha, les Burkinabè essaient d’être sur la toile.
Les internautes, victimes de la cyber-escroquerie
Quel internaute au Burkina n’a jamais reçu des emails de « Bill Gates Foundation » disant qu’il a gagné des millions à une loterie auquel il n’a jamais pris part, qu’une association humanitaire lui propose un job bien rémunéré en Occident contre payement d’une somme ou d’une personne héritière d’un ancien président en détresse sollicite votre aide pour faire sortir des millions de FCFA si d’aventure vous communiquer votre compte bancaire pour le transit des fonds. Et en retour, vous recevrez quelques dizaines de millions. Par la persuasion, les auteurs de ses messages se font passer pour ce qu’ils ne sont pas. Ils exploitent la naïveté des navigateurs. Malheureusement, nombreux sont les personnes qui tombent dans leurs arnaques. La Police burkinabè a reçu des plaintes en la matière. Elle a pu retrouver certains des délinquants. Mais la tâche est difficile du fait de la modicité des moyens et de l’absence de textes réprimant ce type d’actes. Certains cybercafés ont élaboré une charte exhortant les internautes à plus de prudence.
Accéder au monde entier
Gabriel Bazié est agent commercial installé à son propre compte. Selon lui, Internet est le monde de la rapidité, de la recherche et de la communication instantanée. Outre la consultation de ses emails, il passe commandes à des fournisseurs industriels se trouvant en Occident. Aussi, passe t’il plus d’une heure à surfer sur la toile. Se connecter est devenue une nécessité pour lui. C’est son outil de travail. Devant l’ordinateur, il brise les frontières, a accès à toutes les informations politiques, sociales, économiques du monde entier. Pour lui, l’Internet est certes un monde de proximité mais également, celui de l’incertitude. Les emails, parfois ne parviennent pas aux destinataires. Ils se perdent, il ne sait où. Malgré ces difficultés, Gabriel, trouve l’Internet plus économique. En un clic, il envoie un document volumineux pour 500 f Cfa l’heure de connexion, somme dérisoire à comparer à un envoi traditionnel par la poste plus coûteux et qui prendra plus de temps pour parvenir aux destinataires.
Yam pukri, un entrepreneur social
L’Association Yam Pukri, est l’un des pionniers (depuis 1998) dans la vulgarisation des technologies de la communication au Burkina Faso. Pour Sylvestre Ouédraogo, coordonnateur de l’association, le développement du Burkina se fera par sa façon d’appréhender et d’utiliser les technologies modernes. Yam pukri en langue nationale Mooré signifie « Ouverture ou éveil de l’intelligence ». Vulgariser, informer, conseiller en matière de nouvelles technologies pour le développement est son objectif. « La technologie est toujours présentée comme une panacée. Ce qui est loin d’être vraie. Notre but est de se démarquer de cette pensée » affirme le Coordonnateur Sylvestre Ouédraogo. Il veut prendre du recul par rapport à ces affirmations qui stipulent que les technologies conduiront les Africains au développement. Les nouvelles technologies pour le développement donc la réflexion sur leur insertion dans les actions de développement au Burkina Faso. « Une chose que les gens oublient, c’est que ces technologies n’ont pas été conçues pour nous. Il faut donc qu’on se les approprie afin qu’elles nous servent. Ainsi, nous pourrons en faire des utilisations judicieuses », souligne Sylvestre Ouédraogo. Dans cette optique d’appropriation, Yam Pukri propose des formations ciblées. Elle s’intéresse à la jeunesse désoeuvrée, aux paysans ne sachant ni lire ni écrire, à la commerçante de légumes, ou au monde scolaire ou universitaire. A travers son réseau de partage d’informations sur les TIC dénommé Burkina-ntic.org, les meilleures pratiques d’utilisation des TIC sont présentées et commentées pour mieux ancrer la culture des TIC au Burkina. « Le web, par exemple, n’est pas une invention des Occidentaux. Il a toujours existé dans les sociétés africaines. C’est le langage tambourinaire que chaque village relayait et utilisait pour la diffusion des informations capitales. J’explique et fait la corrélation de nos réalités sociales avec l’ordinateur, dans mon ouvrage « L’Ordinateur et le Djembé, entre rêves et réalités » publié en 2003 », assure Sylvestre Ouédraogo. Yam Pukri vient d’ouvrir un musée des TIC à son siège. Cette association refuse de se positionner comme le sauveur ou le libérateur des Burkinabè à travers la technologie. Elle croit que c’est aux Burkinabè de lutter. « Mais, le problème, c’est que la grande majorité de la population ignore qu’elle doit se battre », note le Coordinateur. C’est pourquoi poursuit-il, en faisant des actions de formation, de sensibilisation, de démonstration, il désire que la population prenne conscience, qu’elle revendique et agisse.
Ramata Soré, Journaliste à l’Evènement.
Article publié dans le Afrique Magazine Promotion paru à l’occasion de la Semaine Nationale de l’Internet du 1er au 10 juin 2007, Ouagadougou
