E-agriculture

Électrification rurale : Court-circuit en rase campagne

D’abord Bama, Sebba, Gayeri, Seytenga, Tanghin-Dassouri, Béguédo, Niaogho, Solenzo, Bagassi, Batié, Sapouy, Bissiga … Ensuite Sabou, Ouargaye, Zabré, Boussé, Titao, Sindou, Douna, Saponé, Piela, Kantchari, Tansarga …

Les communes bénéficiaires du Fonds de développement de l’électrification (FDE) sont prises dans un engrenage électrique. Une« lumière obscure » brille sur elles. Confrontées à un même calvaire, celui d’un privilège inexistant ou à demi-teinte pour des populations qui en ont toujours rêvé. Les plaintes se multiplient contre le processus de l’électrification rurale. Les espoirs placés en cette opération se muent à un jeu de ténèbres.

Les populations de ces zones électrifiées ont vite déchanté devant la défaillance des entreprises adjudicataires, des travaux mal exécutés, des groupes électrogènes grincheux, des coopératives d’électricité (COOPEL) à bout de souffle, des installations anarchiques, des coûts de kilowattheure (Kwh) relativement exorbitants et une alimentation discontinue... Sans oublier les bisbilles sans cesse entre la direction générale du Fonds et ses prestataires de services.

Les populations se sentent perdues après avoir applaudi à tout rompre un projet censé contribuer au développement social et économique dans le pays profond grâce à l’électricité. Bien qu’elles se soient longtemps complu dans l’obscurité, rien n’est plus douloureux que ces réalisations-flashs, un bref reflet de lumière, une longue plongée dans le noir. Le courant tant attendu a produit l’effet contraire : il a électrocuté le bien-être au lieu de le promouvoir. Ressemblant de peu au projet de vulgarisation de l’énergie photovoltaïque resté sans tête ni queue.

Dans certaines localités, la lumière du FDE s’est interrompue, sans aucune explication, voilà bientôt un an. Dans d’autres, la défectuosité des installations (des poteaux et des lignes électriques à ras-du-sol) n’a pas permis un éclairage conséquent. L’opération « Lumière pour tous » dotée de dizaines de milliards F CFA tourne ses abonnés au ridicule.

L’éphémère éclairée et toujours nocturne, Boussé, à 50 km de la capitale, a déjà avalé, plus de cinq cents (500) millions F CFA sans la moindre clarté permanente des nuits et des activités de ses habitants. Les fils électriques implantés à la hâte et au mépris des règles sont des guet-apens. Voilà un autre terreau du gangstérisme entrepreneurial à col blanc à l’image du domaine des Bâtiments et travaux publics (BTP).

La Société nationale burkinabé d’électricité (SONABEL) est obligée de colmater les brèches avec en sus de nouveaux investissements pour se conformer aux normes en la matière. Une chance que le chef-lieu de la province de la Léraba aimerait bien avoir car voilà un an que ses lucioles immobiles ne brillent plus.

On investit, on détruit et on recommence au grand désarroi de l’élan irréversible du développement tant souhaité. Une scène identique à celle des singes construisant leur case. Tandis que les uns montent l’édifice, les autres le remettent tout à plat.

Ce qui devrait apparaître comme un tandem gagnant entre SONABEL et FDE dans la recherche de l’indépendance énergétique s’avère un vrai cafouillage dans le secteur de l’électricité pour une nation qui n’enregistre qu’un taux d’électrification de 23 %, très loin des 60 % nourris par le gouvernement à l’horizon 2015, dans cinq (5) ans seulement.

L’alternative pour réduire la fracture de l’électricité entre les villes et les campagnes parvient difficilement à offrir le luxe du courant électrique aux zones rurales. L’instrument de promotion et de décentralisation de l’énergie électrique présente de nombreuses contradictions.

Pour des couches rurales, les plus démunies du pays, pour qui l’on croit que le salut viendrait d’un progrès et d’un bien-être suscité par la lumière, le coût du Kwh est élevé que celui conventionnel. 120 F CFA à Batié, 100 F CFA à Boussé, 300 puis 145 F CFA à Sapouy, 166 F CFA à Sindou, 138 F CFA à Titao … Des tarifs bien au-delà des 75 F CFA de la SONABEL sur la tranche de 0 à 75 Kwh de sa catégorie sociale (de 1 à 3 ampères), celle des pauvres.

Les COOPEL sont confrontées à des pannes, à des problèmes de règlement des factures et à des charges de fonctionnement. Regarder la télé, boire de l’eau fraîche, user de l’ordinateur, dormir sous un ventilateur ou un climatiseur, moudre aisément la farine, charger les batteries, mener des activités de soudure ou de vulcanisation sont des opportunités difficiles à saisir car elles cachent des non-dits.

Soit la fourniture en électricité résulte d’un raccordement avec le réseau de la SONABEL, soit c’est un groupe électrogène qui le produit sur place. Les deux options se rejoignent dans la mise en vente du Kwh, le mode de distribution, souvent hors d’une portée durable. Après quelques mois de joie, l’euphorie nourrie face à sa commune rurale éclairée s’estompe et l’investissement voué à l’échec.

Des consommateurs traumatisés de retourner dans leur triste obscurité d’antan. De là, se pose la duplicité des acteurs publics dans un même secteur de service public aussi délicat et exigeant en compétences, en expertise. Il y a donc lieu de revoir la copie. La création d’une entité spécifique au sein de la Nationale de l’électricité et destinée aux zones rurales empêcherait tout doublon. Elle permettrait une meilleure canalisation et une utilisation optimale de la manne du Fonds.

Cela éviterait la pagaille actuelle dans la quête de développement de l’électrification tous azimuts. Un scénario semblable à celui des interventions du Fonds spécial du Nigéria (FSN) destiné à des pays particuliers et hébergé par la Banque africaine de développement (BAD) aiderait, à coup sûr, à accroître davantage l’offre aussi bien dans les villes que dans les 147 localités rurales visées.

Jolivet Emmaüs (Joliv_et@yahoo.fr)

Sidwaya

http://www.lefaso.net/spip.php?page=impression&id_article=35396

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