La raréfaction de la petite monnaie est-elle synonyme d’accroissement de la pauvreté ou de la richesse ?

Cela presque 10 ans que s’acheter un bien dans la rue est devenu un problème en Afrique de l’Ouest et spécialement au Burkina Faso. En voulant s’acheter un bien ou un service, on te demande souvent gentiment si tu as de la monnaie. Non seulement il faut trimer pour avoir de l’argent, mais, en plus pour le dépenser, il faut se balader, acheter ce que l’on ne désire pas parfois avant d’avoir de la petite monnaie.

Il arrive parfois que l’on fasse 5 à 15 minutes pour attendre que le pauvre commerçant dépose sa marchandise et se balade pour chercher la monnaie. Pendant ce temps, vous perdez votre temps et lui également. Il arrive même que vous devenez le vendeur parce que le propriétaire des lieux n’est pas là et d’autres clients arrivent entre temps : attendez un peu, il est allé chercher de la monnaie, dit-on le plus souvent.

Curieusement à certains endroits, vous apercevez des sacs de pièces (station d’essence, boulangeries…), ce qui veut dire que la banque centrale produit assez de petites liquidités.

Cette absence de petite monnaie a créé le marché de la monnaie. Les mendiants, détaillants et autres vont échanger leurs pièces contre des billets avec bien sûr une commission.

Les abus sont également nombreux. certains mentent et conservent les 25 fcfa/ 50 Cfa qui manquent et se font de la belle somme à la fin de la journée alors qu’ils refusent si toutefois on a pas le montant exact pour payer.

Par exemple, au Mali, il y a monnaie et monnaie. Les billets de banque portant la même valeur faciale n’ont pas la même valeur fiduciaire. Si le billet est craquant, sa valeur peut monter de plus de 10%. En banque, les guichetiers vendent pratiquement les billets neufs, ce qui n’est pas le cas au Burkina : tu donnes un chèque, si tu veux des billets neufs, il faut payer, si ce sont de vieux billets, tu as la même valeur. Cela est du au fait qu’au Mali, certaines personnes réservent ces billets craquants aux griots pendant les séances de louanges afin de montrer leur puissance et richesse.
Au Togo, avec la crise, on accepte maintenant les vieux billets. Auparavant, pas possible de dépenser un vieux billet, à moins d’aller directement en banque, personne ne le prendra.Allez maintenant au Togo, même les billets déchirés, on les accepte avec plaisir.

L’aspect psychologique est très grand dans cette rareté fictive. Parfois, en menaçant de partir sans acheter le produit, le commerçant accepte l’échange, ayant peur de perdre sa clientèle. Certains ont tellement peur de perdre leur monnaie qu’il refuse le marché. Tu veux acheter seulement 500 Fcfa avec un billet de 5000 CFA ? vous aussi ! entend t-on le plus fréquemment. Suis-je obligé de dépenser mon argent simplement parce que j’ai un gros billet ?

Pourquoi ne pas prévoir alors un lot de pièces de monnaie en réserve ?

D’après mes investigations, la plupart des acteurs du secteur informel travaille pour le compte d’un tiers et plusieurs propriétaires qui laissent le cash ont vu du jour au lendemain le gérant disparaître avec la caisse ;
Il faut alors chaque soir vider toute la caisse par crainte de vol ou de disparition du petit vendeur.
Beaucoup de petits commerçants disent que les marges sont tellement minces qu’ils sont obligés quotidiennement de refinancer l’activité. ils redémarrent donc chaque jour à zéro, la petite différence étant absorbée par les besoins quotidiens de la famille pour la nourriture et autres dépenses express. c’est donc l’accroissement de la pauvreté qui entraine la raréfaction de la monnaie au lieu du contraire comme on l’aurait pensé.
On peut ajouter à ce phénomène, les attaques et vols divers qui se multiplient, d’où le risque de garder de la liquidité par devers soi.

Beaucoup de consommateurs pensent que l’argent a perdu de sa valeur. vous faites une dépense de 700 FCfa en donnant 5000 CFA et vous recevez 2 pauvres billets de 2000 cfa plus 3 pièces de 100 Fcfa.

Cette dévaluation réelle du Franc CFA pose un véritable problème à tel enseigne que le billet de 500 CFA est revenu pour soutenir l’aspect psychologique du franc. je donne un billet, donc, je donne de la valeur tout en sachant que l’on ne peut pas avoir un litre de carburant avec ce billet. Au moins, pendant les cérémonies de baptêmes et autres, on peut être fier exhiber une enveloppe légère sans espèces sonnantes, signe de pauvreté.

Malgré la présence des portes monnaies électroniques à partir du téléphone portable qui est venue aider le consommateur (airtel money, mobicash autres), le problème reste préoccupant.
Nous pensons que l’expansion de ces portes monnaies viendra soulager le pauvre consommateur afin qu’il puisse jouir de son numéraire en toute quiétude.

Dr Sylvestre Ouédraogo

info@osylvestre.net



Les plus récents de cette thématique