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Immobilier à Ouaga : Dans l’univers des démarcheurs de maisons et de parcelles

A Ouagadougou, il est de plus en plus difficile d’obtenir une maison à louer sans passer par les jeunes démarcheurs généralement installés aux abords des rues avec leurs tableaux. Ces tableaux qui fournissent des informations sur la disponibilité des maisons ou des parcelles à louer ou à vendre, ont aujourd’hui envahi les rues de la capitale burkinabè. L’activité a connu un essor fulgurant ces dernières années et fait vivre des centaines de jeunes Ouagalais.

Ceux-ci semblent pourtant avoir mille et une difficultés pour s’organiser. Le démarchage de maisons et de parcelles, tel que pratiqué par ces "agences immobilières par-terre" n’est pas une activité reconnue officiellement au Burkina. C’est donc un domaine non structuré et non réglementé qui échappe donc à tout contrôle. Et c’est ce qui constitue la principale difficulté de ces jeunes débrouillards dont nous avons visité l’univers.

Il est 7h moins le quart, le matin du mardi 15 avril 2008. Le jeune Idrissa, 29 ans, a déjà installé son morceau de tableau vert, d’à peine un mètre carré, aux abords du boulevard des Tansoaba, à quelques mètres du site du SIAO, à Ouagadougou. Sur ce tableau sans chevalet dressé contre un arbre, il est mentionné en peinture blanche indélébile et très lisiblement : "AGENCE IMMOBILIERE : mini villa, sect. 30 : 65. 000 F ; mini villa, 2 chambres salon, sect. 29 : 60. 000 F ; 2 chambres salon, (sect. 30) : 40. 000 F ; chambre salon, plafond, douche interne : 30. 000 F ; chambre salon plafond : 25. 000F ; Entrée couchée : 10. 000 F, Parcelle (3) : 8 000 000 F CFA ; Maison en vente, sect. 28 : 35 000 000 F CFA...". Au bas du tableau sont mentionnés en plus grands caractères, 3 numéros différents de téléphones portables, correspondant à chacun des 3 opérateurs de téléphonie mobile au Burkina. Cela, pour donner plus de facilités aux clients de pouvoir joindre le patron de l’agence ou ses associés.

Par cette activité, Idrissa, plus connu sous le pseudonyme de "Monsieur le maire", se fait appeler "démarcheur de maisons et de parcelles". Comme lui, ce sont des centaines, peut-être des milliers de jeunes Ouagalais à travers tous les quartiers, même dans les zones non encore loties, qui ont fait de cette activité de démarchage, leur principale occupation. Une activité qui a connu un extraordinaire essor au cours de ces 5 dernières années. Si fait qu’aujourd’hui, à Ouaga, à moins d’être aveugle ou de faire semblant de l’être, l’on ne peut partir d’un quartier à un autre, sans rencontrer au moins un tableau appartenant à une de ces "agences immobilières", dressé au détour d’une rue. A titre d’exemple, nous avons dénombré, de part et d’autre de la seule avenue Charles De Gaulle, 14 tableaux d’agences de location de maisons. Ces tableaux fleurissent aussi particulièrement sur le boulevard des Tansoaba, l’avenue Babanguida, la route de Fada, l’avenue Bassawarga, etc.

En allant à la rencontre de ces jeunes "débrouillards" qui, pour la plupart, fonctionnent dans l’informel, sans la moindre reconnaissance officielle, nous faisons le constat qu’ils ont à peu près les mêmes principes de travail. Les mêmes méthodes aussi. Ils partagent également les mêmes difficultés dans l’exercice de cette profession. Pourtant, soutiennent-ils, aucune structure associative ne les réunit, toutes les tentatives d’association ayant été soldées par un échec cuisant.

2 000 F CFA pour voir la bicoque

Alassane Tiemtoré est fondateur d’une agence immobilière qu’il a baptisée "Barka location". Pour donner plus de visibilité à son activité, il a installé deux tableaux sur l’avenue Charles de Gaulle. Le premier à la hauteur du quartier Wemtenga et le second, au terminus de l’avenue, à quelques mètres de la pédiatrie "Charles de Gaulle". Alassane travaille avec 4 autres jeunes (Bob, Kanazoé, Rachid et Michel). Ces 5 associés nous confient que leur principe de travail ne souffre d’aucune ambiguïté, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Un principe qui consiste d’abord à faire payer par le locataire potentiel, la somme non-remboursable de 2 000 F CFA, représentant les frais de déplacement juste pour montrer la maison disponible. Si toutefois la première maison n’est pas du goût du client, il lui est offert la possibilité de se faire visiter une deuxième, une troisième, voire une quatrième maison, sans frais cette fois-ci. Et une fois que le client trouve la maison qui lui convient, il doit d’abord payer les honoraires du démarcheur dont le montant correspond exactement à la moitié du loyer mensuel de la maison en question. En clair, si vous voulez louer une maison de 50 000 F CFA par mois, il vous faut payer au démarcheur, d’abord la somme de 2 000 F pour son déplacement, et ensuite la somme de 25 000 F CFA, représentant la moitié du loyer. Et cela, indépendamment de la caution de garantie et de l’avance sur le loyer que le bailleur viendrait à exiger de vous avant de vous céder les clefs de la maison.

Pour ce qui est des parcelles, le gain du démarcheur est beaucoup plus substantiel : il représente 10% du prix de vente de la parcelle à verser par celui qui vend son terrain. Par exemple, pour une parcelle vendue à 2 millions de F CFA, le démarcheur devrait s’en tirer avec 200 000 F CFA, en plus d’une éventuelle récompense de la part de celui qui achète la parcelle. Ces principes sont exactement les mêmes chez tous les démarcheurs que nous avons rencontrés dans différents coins de rue de Ouaga. Toutefois, nous confie l’un d’entre eux, Marcel Zera au secteur 29, "il y a des démarcheurs, en l’occurrence ceux installés sur l’avenue Kwamé N’Krumah, qui exigent de leurs clients la somme de 5 000 F CFA comme frais de déplacement pour indiquer la maison".

La CAN’98 comme déclic de l’activité ?

Marcel D. Zera gère, depuis 2005, une agence immobilière stratégiquement basée à l’intersection entre l’avenue des Tansoaba et celle menant à "Katre yaar", au secteur 29. Avant d’être démarcheur de maisons, il fut d’abord cheminot à la RAN, un emploi qu’il a perdu en 1994 suite à la privatisation de cette société. Il se convertit alors en commerçant au grand marché (Rood-Wooko) de Ouaga. Il perdra également cette autre activité en 2003 suite à l’incendie de Rood-Woko. Avec ses petites économies, Marcel se procure un télécentre qu’il finira par revendre quelques mois plus tard pour aller à l’aventure, hors du pays. Du Ghana au Cameroun en passant par la Côte d’Ivoire, le Liberia, la Guinée, le Sénégal, le Mali, le Nigeria, etc., Que le périple fut long ! M. Zera affirme avoir tenté sa chance, sans succès, dans plus d’une dizaine de pays africains. Il revient alors au bercail en 2005 pour se convertir en démarcheur de maisons, en attendant de pouvoir s’offrir l’occasion d’une nouvelle aventure, qu’il envisage cette fois-ci en Europe, peu importe le pays. Pour lui, l’activité de démarcheur de maisons à Ouaga a pris son envol véritable en 1998 à la faveur de la Coupe d’Afrique des nations (CAN’98) organisée par le Burkina. "A cette occasion, explique-t-il, beaucoup d’étrangers sont arrivés à Ouaga. Les hôtels étaient tous bondés. Des Ouagalais ont même quitté leurs maisons pour les louer aux étrangers venus pour les 3 semaines qu’a duré la CAN. Puis ils se rabattaient sur les "célibatériums". A cette époque-là, il y avait pourtant très peu de "célibatériums" à Ouaga. C’est ainsi que des jeunes proposaient à la fois aux étrangers et à certains Ouagalais, de leur trouver une maison moyennant une certaine somme. Et cette activité ne s’est pas arrêtée après la CAN. Bien au contraire..."

Un tableau, un téléphone et un moyen de déplacement...

Aujourd’hui à Ouaga, il est très facile pour un jeune de devenir démarcheur de maisons, ont reconnu la plupart des propriétaires d’agences immobilières que nous avons rencontrés. Car l’activité, contrairement à bien d’autres, ne nécessite pas, pour ses débuts, beaucoup de moyens matériels et financiers. On n’a même pas forcément besoin d’un fonds de roulement pour s’y lancer. Toutefois, un minimum d’équipements s’avère indispensable pour le nouveau venu : un tableau affichant les informations sur les maisons ou parcelles en vente ou en location, au moins un téléphone portable pour être facilement joignable par un client, et un moyen de déplacement pour conduire le client vers l’appartement ou la parcelle à louer ou à vendre. En dépit de cette facilité apparente, "ne devient pas démarcheur qui veut", soutient Justin Kaboré, basé à la Patte d’Oie. Le démarcheur, selon lui, c’est d’abord celui qui a une très bonne connaissance du quartier où il exerce son activité. C’est aussi celui qui a une bonne relation avec des propriétaires de maisons et les autres démarcheurs du quartier ; c’est enfin celui qui sait contenir sa colère car c’est un milieu où les coups bas, les perfidies et autres traîtrises sont monnaie courante. D’autre part, le démarcheur est censé avoir un répertoire de maisons disponibles pour la location ou pour la vente. Pour ce faire, et selon M. Tiemtoré, on fait pratiquement la cour aux bailleurs pour obtenir des informations relatives à la disponibilité des maisons. De même, on garde le contact avec les anciens clients, surtout ceux habitant dans les célibatériums, qui constituent aussi des sources d’informations. La collaboration entre démarcheurs est d’autant plus importante qu’elle peut offrir la possibilité à l’un d’entre eux, de satisfaire un client à partir des informations obtenues auprès d’un collaborateur. Dans ce cas, les bénéfices de l’opération sont partagés par les deux démarcheurs.

Gagner jusqu’à 100 000 F CFA en une opération

L’activité arrive, tant bien que mal, à nourrir son homme. "On ne gagne pas beaucoup dedans mais ça nous évite de faire la courbette auprès d’autres personnes pour avoir à manger", déclarent certains démarcheurs. Mais personne d’entre eux n’a pu nous dire, même de façon approximative, ce qu’il gagne par mois. "Ça dépend", ont-ils le plus souvent répondu. Le temps des vaches maigres se situe autour des mois de juin, juillet, août et septembre, correspondant à la saison des pluies. Car très peu de gens déménagent dans cet intervalle de temps, selon Justin Kaboré de la Patte d’Oie, qui ajoute qu’il peut passer 5 jours, une semaine entière, voire plus, sans "palper" le moindre kopeck dans l’activité. Toutefois, ajoute-t-il, "je peux gagner jusqu’à 50 000, voire 100. 000 F CFA en une seule opération". Même son de cloche chez Marcel Zera du secteur 29, qui se rappelle avoir réussi un coup de 300 000 F CFA, dans le démarchage d’une maison de 600 000 F le mois. Une somme qu’il a dû partager avec 2 autres démarcheurs qui avaient aussi été impliqués dans l’opération. En tant que démarcheur de maisons, M. Zera subvient convenablement aux besoins de sa femme et de ses 3 enfants dont deux sont inscrits l’école. Il a pu également acquérir un certain nombre d’équipements et a, en projet, la construction de sa propre maison.

Certains démarcheurs ont prospéré en l’espace de quelques années et ont "modernisé" leurs installations. C’est l’exemple de Jules Césaire Nadembèga de "Napace location", basé au secteur 29, sur le boulevard des Tansoaba. Il a un établissement équipé en meubles et en matériels de bureau dont un ordinateur, et emploie deux secrétaires. Il paie donc des impôts qui s’élevaient à 45 000 F CFA par trimestre. Le promoteur de "Napace location de maisons" espère pouvoir mieux faire les années à venir, car l’immobilier, selon lui, est un domaine qui a de l’avenir. Mais déjà, il fait la différence dans son principe de travail. Le client venu à lui se doit d’abord de remplir une fiche qu’il paie à 500 F et qui fournit des informations sur le type de maison recherché, le loyer maximum qu’il peut verser, le délai d’acquisition, etc. Au prochain rendez-vous, le client paie la somme de 2500 F, ce qui lui donne droit à la visite de trois maisons correspondant plus ou moins à ses aspirations. Après le choix définitif de la maison, le client se doit de payer à son prestataire de service, une somme correspondant à la moitié d’un mois du loyer. Mais M. Nadembèga trouve anormal que ses honoraires lui soient payés par le locataire. Pour lui, c’est le bailleur qui devrait le faire ; lui à qui on apporte un client dont il encaisse les sous. Ainsi, le jeune Jules Césaire a trouvé une astuce pour faire payer certains bailleurs : "Il suffit, nous confie -t-il, de leur proposer par exemple de payer du coup 10 mois de loyer d’un locataire, pour ensuite percevoir 11 mensualités de loyers auprès du même locataire. J’entretiens ce type de contrat avec beaucoup de bailleurs et cela peut me rapporter jusqu’à 300 000 F CFA d’intérêt par mois..."

Ces bailleurs qui ne veulent pas d’étudiants

Comme toute autre activité, le démarchage de maisons et de parcelles comporte des difficultés. Et pas des moindres. Marcel Zera dit avoir quelquefois eu des démêlés avec des clients qui n’ont pas voulu lui payer ses honoraires après le service rendu. "Une fois, raconte-t-il, j’ai eu affaire à un monsieur à qui j’ai trouvé, après plus d’une dizaine de tentatives, une maison de 100 000 F CFA à louer. Il était très satisfait de son nouveau logis si bien qu’il a payé du coup 5 mois de loyer. Mais je crois qu’il a ensuite eu l’impression que c’était de l’argent jeté par la fenêtre que de me payer les 50.000 F dus. Bien qu’il avait encore suffisamment d’argent liquide sur lui, il m’a fait savoir qu’il avait beaucoup dépensé et m’a demandé d’attendre une semaine pour être payé. J’ai accepté prendre patience, mais à cette échéance, il n’a pas tenu ses engagements et m’a fait tourner en rond pendant plus d’un mois. Très furieux, je l’ai trouvé chez lui un matin et j’ai menacé de le battre s’il ne me payait pas sur-le-champ. C’est ainsi qu’il m’a convoqué à la gendarmerie pour une soi-disant "agression à domicile". J’ai été entendu à la gendarmerie où j’ai fini par avoir raison. Mon client a ainsi été mis en demeure de me payer ma rétribution sous peine d’emprisonnement...".

Contrairement à Marcel, Alasane du secteur 28 dit plutôt ne pas souvent s’entendre avec les bailleurs. "Il y en a qui nous traitent même de voleurs", soutient-il. Et d’ajouter que "certains bailleurs vont jusqu’à demander à nos clients (devenus leurs locataires), de ne pas nous payer nos honoraires". Bob, l’un des associés d’Alassane, précise que certains bailleurs sont très regardants sur le choix de leurs futurs locataires. A titre d’exemple, poursuit-il, beaucoup ne veulent pas de célibataires dans leurs maisons, surtout lorsqu’il s’agit de filles. Il y en a aussi qui refusent catégoriquement de louer leur maison aux étudiants et aux militaires à qui ils ont collé l’étiquette de mauvais payeurs. "Par ailleurs, poursuit Alassane, d’autres bailleurs se permettent d’augmenter subitement le loyer de leur maison, lorsque nous leur apportons des clients qui viennent en voiture ou qui ont une quelconque apparence de personnes aisées."

Des démêlés avec la police municipale

De l’avis de Jules Césaire de "Napace location", la véritable difficulté dans le métier de démarcheur n’est pas liée aux bailleurs encore moins aux clients. Mais elle réside dans les relations parfois tendues entre démarcheurs eux-mêmes. Car, soutient-il, "il y a trop d’incompréhensions, de coups bas, de jeux de cache-cache, de traîtrises entre les différentes agences de location". Et c’est cette situation qui fait que toutes les tentatives d’association des démarcheurs sont restées vaines, indique le directeur de "Napace" qui regrette aussi le fait que n’importe qui peut, du jour au lendemain, se convertir en démarcheur. Pour lui, les autorités municipales devraient s’intéresser à la régulation de ce secteur d’activité, de sorte qu’il puisse relever un défi, celui d’une meilleure marche des activités immobilières. En clair, Jules-Césaire souhaite que la municipalité attribue aux démarcheurs dignes de ce nom, une reconnaissance officielle, un titre qui va les distinguer des "faux-types" et des "voleurs" qui, selon lui, ternissent l’image du démarcheur.

"C’est un métier à très grand risque", souligne Justin Kaboré, évoquant la possibilité de se retrouver en prison". Le "deal" des parcelles est pourtant très "juteux". De l’avis de M. Kaboré, "on devrait pouvoir y gagner par opération entre 100 000 et 500 000 F CFA, voire plus, mais hélas ! Les vendeurs de parcelles, de même que les acquéreurs ne tiennent jamais promesse. En plus, les questions de PUH (ndlr : Permis urbain d’habiter) et autres documents relatifs à la parcelle rendent très complexe la démarche. Il y a aussi les confusions de parcelle. Ainsi, si quelqu’un achète une parcelle par l’intermédiaire d’un démarcheur et se rend compte plus tard que la même parcelle est en passe d’être occupée par quelqu’un d’autre, il ira directement à la police et c’est le démarcheur qui sera dans le pétrin. J’ai eu quelques expériences amères dans le domaine et j’ai décidé de ne plus me mêler des affaires de parcelles."

Certains de nos interlocuteurs, en l’occurrence Marcel Zera du secteur 29, Justin Kaboré du secteur 15 et Alassane Tiemtoré du secteur 28, ont dit avoir quelquefois eu maille à partir avec la police municipale dans le cadre de la lutte contre les installations anarchiques. "Par deux fois, mon tableau a été emporté par les policiers et j’ai dû payer une contravention pour la récupérer", indique Marcel Zera qui reconnaît toutefois la justesse des interventions des policiers municipaux.

Par Paul-Miki ROAMBA

L’immobilier sur le net

A côté des démarcheurs de maisons qui officient dans les coins de rues avec des moyens relativement modestes, il y a, à Ouagadougou, l’Agence Ouaga-Guide, une société légalement constituée et basée sur l’avenue de l’aéroport, qui travaille essentiellement par le net. Cela, à travers le site web : « www.ouagaguide.com », qui permet aux internautes dans le monde entier, de voir directement les photos des maisons ainsi que les numéros des propriétaires. Le directeur de cette société, M. Leenders Til, ne considère pas les jeunes démarcheurs de maisons comme des concurrents déloyaux. Il pense qu’ils remplissent une fonction qui répond à une demande des clients, sinon ils auraient eux-mêmes enlevé leurs tableaux.

Ouaga Guide répond aux mêmes besoins que les démarcheurs de rue, mais d’une manière beaucoup plus moderne et surtout plus avantageuse pour les chercheurs de maisons. Avec les photos illustratives sur la toile, nul besoin de se déplacer pour voir une maison. Aussi, toutes les informations sur la maison et sur le propriétaire de la maison sont librement accessibles. De cette façon, le vendeur et l’acheteur auraient réussi à contourner tous les intermédiaires (gardiens, détenteur des clefs, démarcheurs, etc.) qui s’imposent généralement entre eux, moyennant une quelconque rétribution.

M. Leenders Til estime que les agences immobilières devraient profiter de ce moyen moderne de communication pour faire avancer leur secteur d’activité. « Avec le site de Ouaga Guide, nous fournissons aux propriétaires et aux agences immobilières un outil précieux pour communiquer efficacement avec des clients dans le monde entier – Et ce, avec 0% de commission sur la transaction ! ».

En effet, avec Ouaga Guide, ni le locataire ni le propriétaire ne paie une commission. Mais comment s’en sort alors la société ? « Nous demandons une somme fixe de 10.000 F CFA par maison au propriétaire pour le travail qui est nécessaire afin de mettre la maison sur internet. Cette somme inclut le déplacement de nos agents, la prise de photos et l’enregistrement de tous les renseignements sur la maison », a répondu le patron de l’agence. Une maison ainsi mise sur internet peut y rester pendant douze mois en fonction des besoins du propriétaire ou de l’agence immobilière. Ceci est particulièrement intéressant pour les locations meublées de courte durée, car l’annonce peut être activée et désactivée plusieurs fois dans l’année selon la disponibilité.

« Au Burkina, la venue de l’Internet sera d’ici quelques années comparable à la venue des téléphones portables », dit Leenders Til qui met tout son espoir dans Internet.

P. M. R

AIME CAMILLE SOUBEIGA, DIRECTEUR DE LA PROMOTION DU LOGEMENT : "Le démarchage de maisons répond à un besoin"

Sans être un démarcheur de maisons ou une quelconque agence immobilière, le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme fait tout de même la promotion du logement. Et cela, à travers la DGPHL (Direction générale de la promotion de l’habitat et du logement) qui, faut-il le rappeler, pilote le "Programme 10 000 logements sociaux". Quel peut être le regard d’un tel service de l’Etat vis-à-vis de l’activité des démarcheurs de maisons et de parcelles ?

Pegdwendé Aimé Camille Soubéiga, directeur général de la promotion de l’habitat et du logement, pense que cette activité relativement nouvelle répond à un besoin réel. Car, reconnaît-il, les gens ont souvent besoin de logements de leur convenance, et il est toujours bon qu’il y ait quelqu’un pour les assister dans la satisfaction de ce besoin. Mais de l’avis du DGPHL, le démarchage de maisons tel que pratiqué par les jeunes Ouagalais fait partie des domaines d’activité qu’il faudrait penser à réglementer. Pour l’heure, aucune réflexion de fond n’a encore été menée dans ce sens en raison du caractère très récent de cette activité, s’est justifié M. Soubeiga qui reconnaît aussi qu’"en toute chose, la nature a horreur du vide". Le rôle de l’Etat ne va pas être de supprimer la profession de démarcheurs, mais plutôt de réunir suffisamment d’éléments pour réglementer au mieux ce secteur d’activité. Dans la même lancée, toujours de l’avis du DGPHL, il serait judicieux de prendre de nouvelles mesures dans le sens de la défense des intérêts du citoyen locataire. Cela, pour empêcher par exemple aux bailleurs de procéder à des augmentations subites et intempestives des loyers. Tous ces aspects, et bien d’autres, a conclu Aimé Camille Soubéiga, vont être sans doute pris en compte dans les textes sur la promotion immobilière en cours d’élaboration.

P. M. R

ZACHARIA SAWADOGO, MAIRE DE NONGREMASSOM : "J’ai chassé les démarcheurs de parcelles de la mairie"

Zacharia Sawadogo, maire de l’arrondissement de Nongremassom, dans la commune de Ouagadougou, jette dans l’entretien qui suit, un regard critique sur l’activité des démarcheurs de maisons et de parcelles. Pour lui, il n’est pas question d’accorder une quelconque reconnaissance aux démarcheurs de parcelles.

Le Pays : Quel regard portez-vous sur l’activité de démarchage de maisons telle que pratiquée à Ouaga par des centaines de jeunes ?

Zacharia Sawadogo, maire de Nongremassom : La gestion d’une agence immobilière est une activité commerciale reconnue par l’Etat burkinabè. De ce point de vue, je ne vois aucun inconvénient qu’elle soit conduite par une personne physique ou morale bien organisée. Mais pour ce qui est des gens qui rôdent autour des mairies et des services domaniaux, soi-disant qu’ils sont des démarcheurs de parcelles, je trouve qu’ils font quelque chose d’une très grande délicatesse. Personnellement, j’ai radié ces gens-là de la mairie de Nongremassom. Je les ai chassés simplement parce qu’ils sont à l’origine de tous nos problèmes de parcelles. Ce sont des gens qui se postent devant les mairies, interceptent ceux qui viennent pour des parcelles pour leur dire qu’ils sont en mesure de satisfaire leur demande parce qu’ils travaillent soit avec le maire, soit avec la commission d’attribution des parcelles. Ce sont des racketteurs, des escrocs. Moi je les qualifie simplement de voleurs. Pas plus tard qu’hier (ndlr : 20 mai 2008), j’ai géré un problème de parcelle créé par un démarcheur qui, de connivence avec un agent de la mairie, a escroqué une dame en lui soutirant 3 millions de F CFA. Vous conviendrez avec moi que c’est une activité très délicate que l’on ne peut ni régulariser, ni reconnaître. On sait que partout il y a des maisons de courtoisie gérées par des gens qui aident ceux-là qui n’ont pas le temps ou qui ne connaissent pas les circuits, à obtenir soit un arrêté d’attribution de parcelle, soit un permis d’exploiter ou un PUH (ndlr : permis urbain d’habiter). Je n’aurais rien à redire si tout cela était fait de façon honnête et franche dans nos mairies. J’accuse aussi les complices qui s’adressent à ces démarcheurs. Lorsque des problèmes du genre surviennent, je renvoie les deux parties à la police ou à la gendarmerie.

Que recommandez-vous alors à celui qui est à la recherche d’une parcelle à Ouaga ?

J’ai justement un conseil à donner à ceux-là qui veulent une parcelle : je leur recommande tout simplement de s’adresser directement aux maires d’arrondissements, ou aux commissions d’attribution des parcelles. Ainsi, ils n’auront d’ailleurs pas grand-chose à payer. Dans la ville de Ouagadougou, la contribution pour l’aménagement ne dépasse même pas 100 000 FCFA. C’est le montant maximal à payer puisqu’il y a les résidents qui ne paient que 35 000, ou 25 000. Nous avons ceux qui ont mis leur parcelle en valeur et qui ne sont pas résidents. Ceux-là paient 50 000 F. Nous avons aussi ceux qui n’ont pas mis leur parcelle en valeur, c’est-à-dire qui n’y ont pas construit une maison habitable, qui paient 75 000 et enfin, les demandeurs paient 100 000 F. Ce ne serait donc pas judicieux de tourner dos à ces facilités et d’aller donner ses 2, 3 ou 4 millions à un démarcheur pour une parcelle que l’on n’est pas sûr d’obtenir.

Que dites-vous de l’activité des démarcheurs de maisons à louer ou à vendre ?

Je ne les connais pas. Je ne sais même pas s’ils existent dans mon arrondissement. Mais je trouve qu’il n’y a pas beaucoup d’enjeux dans leur activité. D’ailleurs tout le monde sait qu’à Ouaga, pour avoir une maison, il faut aller aux nouvelles. On ne peut pas facilement savoir qu’il y a une maison à louer dans tel arrondissement, tel quartier, telle zone, tel lot, etc. De ce point de vue, je crois que les démarcheurs de maison ont un rôle à jouer. Mais là aussi, la plus grande prudence est recommandée aux clients. Ce serait risqué de leur part que de donner son argent à un démarcheur pendant que l’on n’a encore vu ni la maison, ni le propriétaire de la maison.

Propos recueillis par Paul-Miki ROAMBA

Le Pays



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